Parcourir et évoluer sur le chemin des Herbes Folles


Comment je suis devenue autonome dans la reconnaissance et l'usage des plantes et comment j'en ai fait mon métier



Voilà déjà 10 ans que je suis plongée cœur et âme dans le monde de plantes, et plus particulièrement les sauvages comestibles et médicinales.

L'intérêt croissant pour la nature, l'environnement, les connaissances de nos ancêtres éveille des plus en plus de vocations pour exercer un métier plus en lien avec ses valeurs et ses envies.

On me demande souvent comment on fait pour bien connaître les plantes et ces derniers temps je suis régulièrement contactée par des personnes souhaitant se lancer dans une reconversion professionnelle en lien avec les plantes.

Il n'y a pas de recette miracle ni de chemin tout tracé, le mien est loin d'être terminé, mais cela a inspiré la newsletter de ce mois dans laquelle je partage avec vous mon parcours.

Tout a commencé il y a 10 ans.........

2011

Acte I : Le souvenir réveillé


Cela a commencé avec le souvenir d'une pratique lointaine qui s'est soudainement réveillé : celle de la cueillette des herbes des champs avec ma mère.

Quelque chose pétille à l'intérieur de moi lorsque je lis..le pourpier se mange, le thym est bon pour les rhumes et les problèmes de bronches, les pommettes font d'excellentes confitures.

Quelques temps plus tard, lors d'un séjour en Italie chez ma mère, un des livres sur sa bibliothèque attire mon attention : Erbaccia sarai tu ! (trad : Mavaise herbe toi même!).

Je le feuillette......la qualité des photos est déplorable mais je reconnais plein de plantes qui poussent autour de moi, des plantes que je ne sais même pas nommer !

Ce livre rentre avec moi en France et c'est le début d'une série sur les plantes sauvages comestibles.

A partir de ce moment, je m'intéresse à chaque ouvrage qui croise mon chemin pour en découvrir le format, les nouvelles plantes, les recettes. Ma bibliothèque s'enrichit.

Je regarde mes livres régulièrement, pour bien m'imprégner des différentes formes des plantes, de leur fleurs, pour essayer de faire des liens avec ce que j'observe près de chez moi.

Parfois en balade je vois une plante que j'ai déjà vue sur un des livres. Au retour à la maison, je fais des recherhces pour essayer de la nommer.

Je prends beaucoup de photos, je cueille des échantillons pour constituer un herbier, je note les détails et les critères de reconnaissance.

Ma façon de photographier les plantes s'améliore à fur et à mesure que je comprends ce qu'il faut regarder, je me constitue un herbier numérique. En photographiant les plantes je vois plus de détails, l'observation est plus précise et je commence à les dessiner.

2012

Acte II La chemin de la découverte

L'envie de retrouver une forme d'autonomie et résilience me pousse à faire un petit stage de survie, suivi par un stage de cuisine sauvage près de Rodez.

Je m'inscris aussi à la formation des Écologistes de l'Euzière sur les salades sauvages – ah ! Les salades c'est plus technique, j'hésite plus, tout se ressemble – j'ai besoin de faire plusieurs sorties avec des connaisseurs pour me sentir à l'aise dans cette cueillette.

A fur et à mesure que je potasse les livres, sors seule et avec des personnes plus expérimentées, ma confiance augmente.

J'herborise, cueille et cuisine de plus en plus les plantes qui poussent autour de moi, je me sers de tous les outils à disposition pour être sûre de bien identifier les plantes: livres, notes de stage, sites internet, DVD, groupes facebook.


Acte III

La révélation

Un weekend passé en compagnie d'une herboriste d'origine Amérindienne enflamme définitivement ma passion pour les plantes.

C'est décidé ! Quand je serais grande je serais herboriste !!

Je commence par un cours d'herboristerie familiale, et prise par un désir d'apprendre insatiable, j'enchaîne avec un cours pour devenir herboriste thérapeute avec une école québecoise (pays dans lequel les herboristes sont reconnus et peuvent exercer leur activité professionnelle en toute tranquillité).

Je découvre ainsi qu'au fond de mon jardin pousse le chardon marie si bon pour le foie, le calendula, excellent pour la peau, le plantain si utile contre les piqûres et les échardes...Je cueille, je teste, je sèche, je transforme.

Me voici partie dans un long parcours qui mêle la connaissance des plantes - leur chimie, la façon d'extraire leur principes actifs, l'histoire de leur usages- à la connaissance du fonctionnement du corps humain, ses maladies et ses déséquilibres mais aussi comment le maintenir en bonne santé.

Plus j'avance dans ma formation, plus je deviens autonome dans la cueillette et la transformation des plantes, je compose ma pharmacie familiale et je commence à soigner les bobos des personnes de mon entourage.

Mais quelque chose manque encore....la capacité de reconnaître n'importe quelle plante sur le terrain .

Je m'inscris à mon premier cours de botanique et je réalise que avant je regardais, maintenant je vois !

Je vois les nuances du vert ! Je vois la différence dans les formes des feuilles, dans leur pilosité, l'incroyable structure des fleurs !

Je sais nommer telle tige un pédoncule, telle autre un pétiole, je mets du temps pour intégrer qu' UNE étamine fait partie du système reproducteur masculin mais UN pistil du système reproducteur féminin. J'apprends des mots « moches » comme « glauque » ou

« fétide ».

Ma bibliothèque s'enrichit de nouveaux ouvrages : des flores. Ce sont des gros pavés qui permettent d'entamer un jeu de détective pour me permettre de déterminer quelle plante se trouve sous mes yeux.

Ma loupe de botaniste autour de cou, je passe des heures assise dans la garrigue devant une fleur, la flore sur les jambes parfois en recommençant 10 fois car j'ai loupé un détail où parce qu'il me manque une partie de la plante. Parfois je jubile et mon herbier s'enrichit, parfois je repars frustrée en employant des mots moches "grrgnn*** glauque, fétide et acuminé !!!)


A la maison un microscope permet de transformer le très petit en très grand.

Je plonge dans un monde fait de draps colorés, froissés, lisses, fins, larges aux nuances incroyables, Les poils des plantes deviennent des grandes colonnes de glace, les étamines des longues colonnes fines surmontées d'une fine poudre.

Ma vision du monde s'élargit, mes yeux se nourrissent de cette diversité et cette beauté, je suis sans cesse émerveillée

2013

Acte IV La transmission

Un ami me fait part de son projet de monter une association pour animer des balades de reconnaissance des plantes sauvages comestibles et me demande si je souhaite faire partie du projet.

Je suis toujours en formation et j'hésite mais je me lance !

Je commence à parler de plantes aux participants des sorties, animée par ma passion et mon amour infini du végétal je vois des étincelles s'allumer dans les yeux des participants ! Une joie immense m'envahit.


2016

Acte V La professionnalisation

Ma formation pour devenir herboriste thérapeute est longue, chaque année j'enrichis mes connaissances et le contenu des sorties.

Je m'inscris à un nouveau cours de botanique et à un stage de reconnaissance et cuisine sauvage avec Guy Lalière pour améliorer mes compétences sur le terrain.

A chaque sortie, des nouvelles plantes s'ajoutent à me sacoche d'herboriste et de cuisinière, je sais reconnaître de plus en plus de plantes.

Le fait de les observer à chaque saison et de les cueillir me permet d'appréhender leur cycle, leur croissance, le type de milieux qu'elles aiment, le meilleur moment pour les cueillir. Je crée mon propre calendrier de cueillette qui s'inscrit dans ma routine saisonnière.

A la fin de chaque saison une autre s'en suit, emmenant son lot de fleurs, fruits, graines.

Je retrouve la plaisir des cycles et j'apprends à lâcher ce qui est parti pour accueillir ce qui arrive.

Je teste mes remèdes et je vois leur efficacité, cette autonomie me nourrit et me réjouit.

La connaissance des plantes est aussi vaste que ma curiosité et ma passion.

J'ai envie de m'y dédier à 100% et j'ose le pari de quitter mon travail de formatrice en CDI pour créer mon entreprise. Je suis seule avec 2 enfants, la décision n'est pas simple mais j'ai 2 ans devant moi pour réussir à sortir un petit salaire de mon activité.

Je crée le site et la page facebook "Nature Comestible" dédiée aux sortie et aux stages de terrain et la page, le blog et la chaîne "Apprentie en Herbes" dédiée à la pédagogie, aux recettes, aux outils de terrain.

Je commence à interagir avec des personnes qui découvrent ou connaissent les plantes.

Mon calendrier de sorties s'étoffe, je prospecte des nouveaux lieux de balade, j'ajoute des ateliers sur les remèdes médicinaux.

Je contacte différents organismes tels Offices de Tourisme, Jardins Botaniques, Centres de loisirs. L'activité commence à décoller, cela me rassure dans mon choix et je m'y investis à 300%

Mes cours, le développement et la gestion de mon activité, l'animation des sorties et les expérimentations prennent la plupart de mon temps, les weekends de vadrouille sont terminés, les moments en famille sont rares.

Grâce à Dieu j'ai une famille très soutenante et patiente, que je remercie de tout cœur car sans leur soutien et leur encouragements je n'en serais pas ici aujourd'hui!


2019

Acte VI L'équilibre

L'activité se développe, j'ai des projets plein la tête qui voient le jour petit à petit. J'ai confiance dans mon activité, dans ma passion, je ne lâche rien et je continue mon apprentissage.

Je n'ai pas encore pu retrouver une vie de famille mais je réfléchis à comment emmener plus d'équilibre entre ma passion, mon activité professionnelle et ma vie de famille et de couple . J'ai besoin de recommencer à nourrir toutes les parties de ma vie.


2021

Acte X....en cours

L'apprentissage des plantes continuera sûrement jusqu'à ma retraite et bien plus loin. Le chemin est infini et je n'arriverai probablement jamais à destination ce qui m'angoisse et me réjouit en même temps : je n'aurais jamais le temps de m'ennuyer !

Je continue avec différentes formations d'herboristerie thérapeutique, les stages de botanique plus avancés, les sorties avec d'autres associations mais aussi d'autres approches des plantes sauvages comme la bio-indication.

Les projets professionnels émergent et avancent, l'activité prend une bonne vitesse de croisière. Les personnes qui suivent les sorties gagnent en autonomie, en joie et en confiance et cela me remplit de bonheur.

Je commence à retrouver un peu de temps libre, à profiter des moments en famille, du jardinage de la vadrouille. Je suis heureuse, fière et...toujours aussi curieuse et motivée!

to be continued.....


CONCLUSION Un des effets globaux de tout ce chemin a été de mieux comprendre mon environnement, ses interactions, sa beauté et d'avoir envie de le respecter une bonne fois pour toutes.

Ce qui me porte dans la vie a toujours eu comme base l'autonomie, la liberté et la bienveillance et je suis convaincue que cette connaissance emmène une forme d'autonomie et nous rend plus résilients et bienveillants dans une société ultra connectée qui rends les personnes de plus en plus dépendantes des outils technologiques.


Pour conclure, si vous souhaitez vous lancer dans les plantes et l'autonomie de façon amateure ou professionnelle, voici mes conseils :


1- Soyez clairs sur vos objectifs : est ce que vous envisagez une reconversion professionnelle ? De quel type ? Est ce que c'est pour votre connaissance personnelle ,

pour grandir en autonomie ?

2- Choisissez des stages ou formations qui vous permettent d'atteindre vos objectifs. Si vous souhaitez devenir herboriste vous n'aurez pas besoin de la même formation que si vous souhaitez devenir animateur ou juste cueillir les plantes dans la nature pour agrémenter

vos plats. Il n'y a pas un chemin classique ou tracé pour y arriver

3- Faites un maximum de terrain avec des associations, des spécialistes, des botanistes, en autodidacte. Sortez et herborisez à chaque opportunité et n'ayez pas peur d'expérimenter une fois l'identification de la plante assurée

4- Utilisez un maximum d'outils à disposition : livres, site internet, applications mais ne cueillez que si tous les doutes ont été levés.

5- Suivez et approfondissez ce qui vous passionne : est-ce-que c'est la culture des plantes ? Leur transformation ? La cueillette sauvage ? La cuisine ? La phytosociologie ? L'ethnobotanique ? La botanique ? Le soin et l'aspect médicinal ? L'autonomie ?

6-Osez expérimenter et suivez les plantes tout au long des saisons, dans différents milieux, c'est la seule façon de vraiment les connaître et de gagner en confiance.

7- Partagez votre passion et semez des graines autour de vous ! Créez un réseau pour partager les connaissances et avancer ensemble mais aussi pour avoir des personnes

ressource.

8- Soyez humbles et remettez toujours en question vos connaissances, restez curieux et ouvert, continuez à vous former avec des personnes plus expérimentées.

9- Si vous envisagez d'en faire votre métier soyez déterminés, carrées, professionnels et créatifs. Faites un plan et avancez par étape et acceptez de semer avant de récolter :)


Et surtout: Profitez de la joie et de l’émerveillement continu que la Nature procure!

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